Pour ou contre Warren Buffett?

Le Phynancier

Bourse et diversification : pourquoi il ne faut pas mettre tous vos œufs dans le même panier

Une leçon de vie qui commence au petit-déjeuner

Ce matin-là, en préparant le petit-déjeuner de ma fille de 16 ans, j’ai fait tomber le carton d’œufs. Résultat? Douze œufs éclatés sur le carrelage de la cuisine. En nettoyant ce désastre, une pensée m’a traversé l’esprit : « Heureusement que je n’avais pas mis tous mes investissements dans le même panier ! » Cette analogie culinaire, bien que banale, illustre parfaitement l’un des principes fondamentaux de l’investissement.

Cependant, avant de vous expliquer pourquoi la diversification est cruciale, laissez-moi d’abord ébranler une idée reçue qui circule dans les cercles financiers.

Le paradoxe Warren Buffett : quand le maître prêche le contraire

Vous connaissez sûrement Warren Buffett, cet oracle d’Omaha qui fait rêver tous les investisseurs. Pourtant, sa philosophie pourrait vous surprendre. L’homme le plus riche du monde (ou presque) a toujours prôné une approche contraire à la diversification classique : « Il vaut mieux avoir peu d’investissements, mais les surveiller de très très près. »

En effet, Buffett préfère concentrer ses investissements sur quelques entreprises qu’il comprend parfaitement plutôt que de disperser son argent dans des centaines d’actions. Cette approche, appelée « concentration investing », va à l’encontre de tout ce qu’on nous enseigne traditionnellement.

Alors, qui a raison? Le gourou de l’investissement ou nos conseillers financiers qui nous rabâchent sans cesse les vertus de la diversification?

L’histoire de ma mère : quand la concentration tourne au cauchemar

Pour répondre à cette question, permettez-moi de vous raconter l’histoire de ma mère. En réalité, cette histoire explique en grande partie pourquoi je souhaite aujourd’hui devenir un modèle financier inspirant pour mes trois enfants.

Ma mère, enseignate de formation, avait économisé pendant des années pour investir en bourse. Malheureusement, influencée par les conseils d’un collègue « expert », il avait placé toutes ses économies dans une seule action : celle de son employeur. « C’est logique », se disait-il, « je connais cette entreprise mieux que quiconque. »

Néanmoins, en 2008, l’entreprise a fait faillite. Du jour au lendemain, ma mère a perdu à la fois son emploi et toutes ses économies. Cette double catastrophe l’a marquée à vie, et par conséquent, elle n’a plus jamais voulu entendre parler d’investissement.

La psychologie derrière nos erreurs financières

Premièrement, comprenons pourquoi nous commettons de telles erreurs. L’être humain est naturellement attiré par ce qu’il connaît. C’est pourquoi nous avons tendance à surinvestir dans notre secteur d’activité, notre région, ou même notre pays.

De plus, notre cerveau nous joue des tours. Le biais de surconfiance nous pousse à croire que nous sommes meilleurs que la moyenne pour prédire l’avenir. Ainsi, comme ma mère, nous pensons maîtriser notre environnement professionnel au point de pouvoir prédire l’évolution de notre entreprise.

Cependant, la réalité est bien différente. Même les analystes professionnels, avec toutes leurs ressources et leur expertise, peinent à prédire l’évolution des marchés.

Les vraies raisons de diversifier (au-delà des clichés)

Contrairement aux idées reçues, la diversification ne sert pas uniquement à réduire les risques. En fait, elle présente plusieurs avantages méconnus :

1. La protection contre l’imprévisible

Tout d’abord, personne n’aurait pu prévoir la pandémie de COVID-19 et son impact sur certains secteurs. Les compagnies aériennes se sont effondrées tandis que les entreprises technologiques ont explosé. Par ailleurs, qui aurait imaginé qu’une guerre en Ukraine affecterait le prix du blé mondial?

2. L’optimisation des rendements dans le temps

Ensuite, différents secteurs performent à différents moments. Prenons par exemple les années 2000-2010 : pendant que la technologie peinait à se remettre de la bulle internet, l’immobilier et les matières premières brillaient. Puis, de 2010 à 2020, la tendance s’est inversée.

3. La tranquillité d’esprit pour mieux investir

Enfin, un portefeuille diversifié permet de dormir sur ses deux oreilles. Résultat? Moins de stress, moins de décisions impulsives, et donc de meilleures performances à long terme.

Comment diversifier intelligemment (sans tomber dans l’excès)

Attention cependant à ne pas tomber dans l’excès inverse! Avoir 200 actions différentes ne vous rendra pas plus riche, bien au contraire. Voici comment procéder intelligemment :

La règle des secteurs complémentaires

D’abord, répartissez vos investissements entre différents secteurs qui ne réagissent pas de la même façon aux événements économiques :
– Technologie (croissance)
– Biens de consommation (stabilité)
– Santé (défensif)
– Énergie (cyclique)
– Immobilier (protection inflation)

La diversification géographique

Puis, ne négligez pas la diversification géographique. Certes, investir uniquement au Canada peut sembler rassurant, mais cela vous expose aux risques spécifiques de notre économie nationale.

La diversification temporelle

Par ailleurs, étalez vos investissements dans le temps grâce aux versements programmés. Cette stratégie vous protège des variations de court terme et lisse le prix d’achat moyen.

Les leçons que je transmets à mes enfants

Aujourd’hui, quand mes enfants me demandent conseil pour placer l’argent de leurs jobs, je leur raconte toujours l’histoire de leur grand-mère. Non pas pour les décourager d’investir, mais pour leur enseigner la prudence.

Voici les trois règles d’or que je leur ai transmises :
1. « Ne jamais investir plus de 5 % de ton patrimoine dans une seule action »
2. « Comprendre dans quoi tu investis, sans pour autant tout miser dessus »
3. « Garder toujours une réserve de sécurité avant d’investir »

De cette façon, vous pourrez prendre des risques calculés sans compromettre votre avenir financier.

La réconciliation : Warren Buffett et la diversification

Finalement, Buffett et les partisans de la diversification ont tous les deux raison. La différence réside dans le niveau d’expertise et le temps disponible.

Warren Buffett consacre 12 heures par jour à analyser les entreprises depuis plus de 60 ans. Pour lui, la concentration est logique car il possède une connaissance encyclopédique des marchés.

En revanche, pour nous, parents actifs qui jonglons entre notre travail, notre famille et nos responsabilités quotidiennes, la diversification reste la stratégie la plus sensée.

Conclusion : construire un héritage financier pour nos enfants

Au final, que nous soyons partisans de la concentration ou de la diversification, l’objectif reste le même : construire un patrimoine solide pour notre famille tout en donnant le bon exemple à nos enfants.

La vraie leçon n’est pas de choisir entre ces deux approches, mais de comprendre que chaque stratégie correspond à un profil d’investisseur différent. Ce qui compte, c’est d’être cohérent avec ses moyens, ses connaissances et ses objectifs.

Alors, la prochaine fois que vous préparerez des œufs brouillés à vos enfants, pensez à cette métaphore : quelques œufs dans différents paniers valent mieux qu’une douzaine d’œufs éclatés sur le carrelage. Et surtout, transmettez cette sagesse à la génération suivante, car finalement, c’est peut-être là le plus bel héritage que nous puissions leur laisser.

En définitive, que vous choisissiez la voie de Buffett ou celle de la diversification classique, l’essentiel est d’investir de manière réfléchie, cohérente et pédagogique pour inspirer nos enfants à devenir des investisseurs avisés.

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